Des
gamins sous le charme

"Nous étions deux frères un peu
aventuriers dans l'âme, comme on peut l'être quand on a
20 ans et des idéaux plein la tête. Nous ne savions
pas encore trop quoi faire de notre vie et avec la
fougue qui caractérise cet âge, nous nous emballions
pour une foule de projets.
J'étais de passage en Provence quand
je rencontrai un homme du cru à qui je fis part de
la multitude d'envies qui me traversaient l'esprit
alors. Parmi les plus folles, il y avait celle de posséder
un jour mon propre village.

De retour à Paris, ayant déjà
oublié ou presque les projets de la veille avec cette
facilité qu'a la jeunesse pour bondir d'une idée à
l'autre, je trouve un télégramme disant à
peu près ceci : "Ai trouvé le village de vos rêves
- stop- si intérêt contactez-moi - stop". Illico
presto, j'en partage l'idée avec mon frère et nous
voilà partis pour une très belle aventure. Nous allons à la découverte de ce fameux village complètement
abandonné. C'est le coup de foudre. Hors du temps, Les
Naux est planté au pied de la barrière rocheuse de
Saint-Michel,
après quelques kilomètres de ces chemins difficiles
qui sont les véritables gardiens des sites d'exception.
Dans l'école, seule la dernière leçon encore inscrite
au tableau noir témoigne d'une vie antérieure assez
récente. La chapelle et son cimetière rappellent qu'autrefois, ici, on naissait, on se mariait et on
mourait, que ces maisons avaient chacune une longue
histoire à raconter.
Emportés par un élan démesuré,
nous prenons des renseignements sur les prix et les modalités.
Des Belges sont aussi sur le coup et nous sommes souvent à
Paris. Nous prenons donc notre ami provençal pour complice de nos transactions et
c'est lui qui monnaye l'achat. Une fois la promesse
effectuée, nous allons, tout fiers, devant le notaire
afin de ratifier cet achat. Ayant rassemblé toutes nos
économies, nous étions persuadés d'avoir amassé la
somme nécessaire. En entendant le prix chez le notaire,
nous prenons soudain conscience qu'un hectare correspond à 10 fois plus de mètres que ce que nous
pensions... Nous n'avons donc que 10 % de la somme
demandée et une grosse déconvenue sur le cœur !
Pourtant, il est hors de question de renoncer à
notre projet de devenir les seigneurs du hameau ! Ne
laissant rien paraître de notre surprise, nous repartons
très vite à Paris, abandonnant nos 10 % chez le notaire
et dans l'espoir que la capitale nous offrirait les 90 %
manquants. Pour réaliser notre rêve, nous faisons tous les petits boulots possibles et finissons par emprunter
au Crédit Agricole le complément de la somme.
Le 30 mars 1973, après une année
d'acharnement, nous devenons enfin propriétaires de
notre rêve.
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