L'abandon d'un village
La forte régression économique et géographique de la fin du
XIXe devait se prolonger et Naux ne put jamais s'en remettre. Outre l'exode rurale qui sévit dans les campagnes à cette époque, les guerres portèrent un véritable coup de grâce à ces communautés rurales. Sur une centaine d'années, la population globale de Haute-Provence diminua de moitié,
passant de 159 045 habitants en 1836 à 83 148 en 1946.
Naux n'échappa pas à cette chute libre de la démographie.
La première Guerre mondiale, particulièrement meurtrière, toucha spécialement la société rurale, dont les hommes partaient au front, en première ligne. Ainsi, entre 1906 et 1921, Naux perd plus d'un tiers de sa population (1906 : 40
habitants et 1921 : 27 habitants). Durant la seconde guerre, la Haute-Provence fut occupée d'abord par les Italiens, puis par les Allemands. La configuration de la région permit à de nombreux maquis de se développer et on aimerait croire que Naux fut le refuge de certains résistants. Les combats entre la Résistance et les
Allemands eurent lieu dans plusieurs villages de la région. Des maquis furent
ravagés et des villages entiers brûlés. Naux ne connut pas ce sort
; sa fin devait être beaucoup plus lente. Entre 1921 et 1959, on voit la population de Naux passer de 27 à
10 personnes !
Petit à petit et inexorablement, Naux se vide de ses habitants, les plus jeunes fuyant l'âpreté de la terre et les plus anciens s'éteignant dans ses murs. Les seuls habitants de Naux demeurent souvent de vieux bergers célibataires. Les plus jeunes finissent par quitter les lieux pour se marier, car souvent la future épouse
refuse de venir s'installer dans un si petit village. Il faut dire également que, contrairement à certains de nos repères aujourd'hui, beaucoup de ménagères
préfèrent alors se voir installées dans un deux- pièces en ville que dans une ferme en pleine montagne.

L'école en 1927

Dernière École
 |
 |
|
Le devant de l'école |
Le derrière de l'école |
|
 |
|
L'intérieur de l'école |
En 1960, l'école est fermée. C'est l'arrêt de mort du village, dont ne subsisteront que les murs pendant
quelque dix ans. Au début des années 60, en plein boum social, Naux devient un village fantôme perdu dans un paysage féerique et hors du temps.

Gabriel, le dernier berger de Naux
|